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05.12.2013

[Film d'animation] Kaze tachinu / Le vent se lève

Titre japonais : 風立ちぬ

Année de production : 2013

Licence en France : Buena Vista (Disney), sortie le 22 janvier 2014 au cinéma en France

Fiche : Animeka ; ANN

 

Depuis que je suis au Japon, je suis allée très peu de fois au cinéma. Parce que c'est cher (1800 yen le prix normal), et parce que ça n'est pas dans mes priorités (c'est pas que j'aime pas ça, c'est plutôt qu'on peut pas tout faire ! ^^). Quand Kaze Tachinu est sorti dans les salles, je me suis évidemment dit qu'il faudrait que je le voie étant donné que j'ai vu presque tous les Ghibli sortis en France au ciné. Mais ce n'est que la fameuse annonce de la "retraite de Miyazaki" qui m'a rappelé que ça serait trop dommage de louper ça sur grand écran (même si y'a de la marge question durée de diffusion ^^) et qui m'a décidée à prévoir la sortie pendant un weekend. Je ne savais pas du tout de quoi parlait le film avant de m'installer devant l'écran, j'avais juste vu l'affiche et je n'étais bien sûr pas étonnée que le titre comporte le mot "vent" ^^.

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Kaze Tachinu nous plonge dans le Japon d'avant-guerre en nous racontant la vie de Horikoshi Jirô, N'ayant pu réaliser son rêve d'enfance de piloter un avion en raison de sa mauvaise vue, Horikoshi va se tourner vers la conception et devenir l'un des plus brillants ingénieurs aéronautiques dans les années 30. Le parcours du jeune homme qui a les yeux toujours levés vers le ciel sauf lorsqu'il regarde celle qu'il aime se mêle à de nombreux événements clés de l'époque.

Le scénario est basé sur le manga que Miyazaki a réalisé en s'inspirant librement du roman du même nom écrit par Hori Tatsuo, écrivain contemporain de Horikoshi qui a fréquenté la même université et que l'on voit apparaître dans le film. Le roman est disponible en français chez Galimard.

Si les traductions de titres d'oeuvres peuvent parfois être discutables, ici on ne peut absolument rien trouver à redire du titre français : c'est le titre japonais du roman/manga/film qui est au départ une traduction du français, plus précisément d'un vers d'un poème de Paul Valéry. Je n'ai pas fait de recherches détaillées, mais vu que Hori a traduit des auteurs français en japonais, on peut penser qu'il avait travaillé sur les oeuvres de Valéry. Mais pour en finir avec le titre, c'est assez étrange de se retrouver avec un film qui a le même titre que celui de Ken Loach, au sujet complètement différent ^^.

C'est un vrai délice de redécouvrir le Japon des années 20 et 30, que j'ai apprécié de voir reconstitué dans les feuilletons télé, sous le crayon de Miyazaki. Les paysages urbains grouillent de vie et de détails, on est dans le Japon du quotidien d'un passé pas si lointain. Ce n'est pas comme si on pouvait oublier avec ses autres oeuvres que Miyazaki était japonais, mais c'est aussi intéressant de le voir dessiner Tokyo telle qu'elle a existé qu'un étrange château mécanique, une ville de style italien ou des petites créatures de la forêt.

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Kaze tachinu est certainement le plus "réaliste" de tous les films de Miyazaki : il se déroule dans notre monde, il est basé sur la vie d'un personnage réel, il ne comporte pas de créatures fantastiques comme c'est toujours le cas que l'histoire se déroule dans un monde imaginaire ou dans un monde au départ réel (je pense surtout à Totoro et Chihiro). Pourtant, l'empreinte du réalisateur est plus que jamais présente. Il y a d'abord toute une dimension non réelle dans Kaze tachinu, c'est celle des rêves de Jirô, dont l'ambiance est vraiment fascinante. Ensuite, les machines volantes et le ciel ont un rôle plus important que jamais, et on est obligé de penser à Porco Rosso. 

Enfin, si Kaze tachinu se passe dans un milieu urbanisé et est plus centré sur la société humaine que les autres réalisations de Miyazaki, la nature ne manque pas l'occasion de pointer le bout de son nez d'une manière assez spectaculaire, et sa personnification est on ne peut plus parlante. J'ai trouvé que le couple formé par Jirô et Naoko était vraiment touchant. On ne les voit pas tant que ça ensemble au bout du compte, mais on sent vraiment leur tendresse et leur complicité. Quel que soit leur âge, le lien entre les deux personnages principaux est bel et bien un élément clé des scénarios de Miyazaki, et il montre toujours autant de sensibilité.

J'ai quand même vu un certain nombre d'oeuvres d'animation, qu'il s'agisse de séries télé ou de longs métrages. Je savais bien qu'en plus de la musique et des voix, sur lesquelles je vais m'arrêter juste après, il faut aussi des bruitages. Mais j'y avais rarement fait autant attention que dans Kaze tachinu. J'ai vraiment pris conscience du rôle qu'ils jouent dans l'immersion, du sens du détail apporté à la réalisation. Je ne pense pas forcément que ça soit justement ce film qui soit plus particulier que d'autres du studio Ghibli ou que d'autres longs métrages d'animation (parce qu'il n'y a pas que Ghibli), mais je tenais à le dire car il est clair qu'à l'avenir j'y ferais encore plus attention. Les bruits de machines, de pas, du moindre objet manipulé, de la ville pleine d'activité, c'est ça aussi qui construit un univers.

Si la musique de Joe Hisaishi est un peu une composante intégrante des films réalisés par Miyazaki, j'avais trouvé que le compositeur manquait un peu d'inspiration depuis Le Château ambulant ou Ponyo sur la falaise, et depuis il m'a aussi déçue dans une série télé historique.  J'avais donc été contente d'entendre autre chose pour les deux Ghibli plus récents confiés à d'autres réalisateurs (Arrietty et La colline aux coquelicots). Mais là Hisaishi est en grande forme. On reconnait toujours bien son style, mais la petite touche nostalgique et italienne fonctionne très bien.

La chanson thème du film est signée Matsutoya Yumi et n'est pas toute récente puisqu'elle date de 1973 (l'artiste portait encore son nom de naissance, Arai Yumi). Une chanson qui a 40 ans pour une histoire qui se passe il y a plus de 70 ans, je trouve ça vraiment chouette. Surtout qu'elle est très jolie.

Comme c'est toujours le cas pour les longs métrages d'animation, j'ai retrouvé parmi les doubleurs des personnages de Kaze tachinu plusieurs acteurs et actrices que je connais pour les avoir vus dans des séries télé. Mais pas pour celui qui double le personnage principal ! Il a une voix particulière, et je me suis demandé pendant le film si j'étais supposée le connaître. En effet, je ne le connais, mais pas pour sa voix ! Il s'agit d'Annô Hideaki, créateur de Neon Genesis Evangelion. Apparemment, il a travaillé sur l'animation de Nausicaa, je ne peux qu'imaginer qu'il connait Miyazaki et d'autres membres du studio Ghibli depuis un bail.

Pour les autres personnages, on retrouve par exemple Takimoto Miori (Hungry!) dans le rôle de Naoko et Nishijima Hidetoshi (Strawberry Night) dans celui de Hojô, collègue de Jirô qui va être à ses côtés lors de ses échecs et jusqu'à sa réussite. Shida Mirai (Seigi no Mikata) prête sa voix à Kayo, petite soeur de Jirô. Gamine boudeuse comme Miyazaki sait si bien les faire, elle va devenir une jeune femme surprenante.

Qu'on lui mette l'étiquette de dernier film ou pas, Kaze Tachinu est une très belle réalisation. Son histoire à la fois belle et cruelle met en évidence le paradoxe qu'il peut y avoir à réaliser un rêve, la contradiction terrible qui peut exister entre la beauté d'une réalisation technologique et son utilisation. C'est du moins le message que j'ai voulu en tirer, mais la présentation des faits et ce qui reste implicite peuvent donner une autre perception et la fin peut paraître encore plus indécise si l'on ne connait pas du tout l'histoire du Japon.

Si on peut regretter d'un sens que le film ne s'adresse pas à la fois à adultes et enfants comme la majorité des autres Miyazaki (le comique n'est pas non plus absent, mais il n'est pas vraiment visuel) il pourra au moins montrer à ceux qui pensent encore que l'animation est faite seulement pour les enfants qu'ils ont tort. 

25.02.2012

[Film d'animation] La colline aux coquelicots

Depuis Le voyage de Chihiro, j'ai vu tous les films du studio Ghibli sortis au cinéma en France. A l'exception des Contes de Terremer. D'après la date de sortie (printemps 2007), mon excuse apparemment c'est que j'étais à Londres à ce moment-là. Et si j'ai pensé plusieurs fois à acheter le DVD, je n'ai pas encore eu l'occasion de le faire. Donc je n'ai pas vu le premier film de Miyazaki Gorô, mais ça ne m'a pas empêchée de voir le deuxième.

J'imagine que le fils Miyazaki savait dès le départ en choisissant le même métier que son père qu'on le comparerait forcément. D'un sens, c'est normal de le faire, mais de l'autre, c'est un peu trop réducteur, et j'ai l'impression que le studio Ghibli est de toute façon très souvent réduit à Miyazaki Hayao, que ce soit au détriment de Takahata Isao ou des réalisateurs de la génération suivante, notamment Yonebashi Hiromasa avec son Karigurashi no Arrietty.

Comme vous le savez déjà peut-être, le film La colline aux coquelicots est l'adaptation du manga du même nom, un one-shot de Takahashi Chizuru et Sayama Tetsurô publié en 1980 et arrivé chez nous aux éditions Delcourt. L'histoire se passe à Yokohama au début des années 1960 et met en scène Umi, une jeune fille qui hisse chaque matin des drapeaux dans le jardin de la pension où elle habite depuis que son père a disparu en mer.

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Pas de grandes aventures merveilleuses donc, juste une petite tranche de vie dans le Japon d'il y a cinquante ans. Et ça me va tout aussi bien ! J'ai tout de suite beaucoup aimé l'univers du film, en particulier les vieilles maisons occidentales que sont la pension et le foyer des lycéens, véritable caverne d'Ali-Baba fourmillant de détails. Evidemment, on est dans un Ghibli, alors c'est très beau. Le quartier de Yokohama que l'on voit est encore très traditionnel avec ses maisons en bois, mais on devine toute l'activité de la ville en cette période de croissance et de modernisation du pays. C'est encore plus flagrant dans le court passage où l'on aperçoit Tôkyô.

L'histoire est très simple et se concentre sur la relation entre Umi et un garçon de son lycée, Shun, sur fond de lutte des élèves des clubs se trouvant au foyer, qui se battent contre sa destruction programmée. Je dois dire que j'ai été assez déçue quand on apprend sur quoi repose la relation entre les deux personnages principaux, si l'on peut dire, car c'est un élément que j'ai croisé maintes fois dans des fictions japonaises, et qui doit aussi se retrouver souvent ailleurs. Il y a plus de trente ans, à la sortie du manga, c'était peut-être plus original, mais là c'est un peu trop réchauffé.

Reste le cadre dans lequel nos deux héros évoluent : les péripéties des élèves du foyer sont amusantes, et si la lutte reste assez inoffensive, on ne peut s'empêcher de penser aux mouvements étudiants qui ont eu lieu un peu plus tard dans la décennie. La dimension historique du passé du père d'Umi rend l'histoire poignante, et j'ai apprécié l'image de femme moderne de la mère d'Umi. Aucun des aspects de l'histoire n'est vraiment développé, car 1h30 c'est assez court au bout du compte. Mais on est quand même transporté dans ce petit monde et j'ai pour ma part passé un bon moment.

Autre facteur très important, la bande sonore aux airs rétro est un vrai petit délice, tout comme la si jolie voix de Teshima Aoi. Ca fait vraiment plaisir d'avoir une ambiance musicale qui se démarque autant que celle d'Arrietty. Et puis j'ai eu le plaisir de retrouver plein d'acteurs que je connais dans le doublage des personnages : Nagasawa Masami et Okada Junichi dans les deux rôles principaux, ainsi que Fubuki Jun, Kagawa Teruyuki et Omori Nao. Cela m'étonne toujours de voir que les longs métrages d'animation, surtout ceux de Ghibli, sont doublés par des acteurs du petit et/ou du grand écran alors que le Japon a une multitude de seiyuu pour les séries animées.

Au final, si je m'attendais un peu à mieux pour l'histoire et que je ne suis pas du genre à penser qu'un bel emballage visuel et sonore peut excuser complètement les défauts du contenu, je ne me vois pas non plus jouer les râleuses jamais satisfaites (pas cette fois ! :p). Pour moi, le voyage était quand même au rendez-vous. Je ne regrette pas d'être allée voir le film au ciné, et je suis curieuse de voir ce que nous proposera Miyazaki Gorô par la suite.

10.02.2012

[Film d'animation] Tatsumi

J'ai eu connaissance de ce film pour la première fois lors de l'annonce de son avant-première à l'Omnia, le cinéma qui avait eu le bon goût de diffuser Colorful à la fin de l'année dernière. Je me suis renseignée sur le film et j'ai tout de suite été attirée par son design et son animation hors du commun, et le fait que son réalisateur ne soit pas japonais alors qu'il s'agit d'un film sur un personnage japonais doublé en japonais. 

Comme dans tant d'autres domaines, mes connaissances en manga antérieurs aux années 1990 et 2000 sont très peu développées. J'ai lu quelques oeuvres de Tezuka Osamu (Ayako, Barbara) et je ne compte pas m'arrêter là, mais autrement, pas grand chose malheureusement. J'avais quand même une idée de ce qu'est le gekiga, et j'ai forcément croisé le nom de Tatsumi Yoshihiro dans un des ouvrages sur l'histoire du manga que j'ai lus, mais tout ça, ça remonte un peu.

Je me suis donc demandé si c'était judicieux d'aller voir un film parlant d'un mangaka que je ne connais pas vraiment, mais j'en ai conclus que ça devait être une bonne façon de le découvrir, surtout que le réalisateur singapourien Eric Khoo s'est basé sur l'autobiographie de Tatsumi, parue chez nous sous le titre Une vie dans les marges chez Cornélius. Le livre a tout récemment reçu le prix Regards sur le monde au festival d'Angoulême, et a reçu en 2009 lors de sa publication au Japon le grand prix Tezuka Osamu (à égalité avec Le pavillons des hommesde Yoshinaga Fumi). 

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Le film est bien plus qu'une biographie du mangaka : on apprend à le connaître autant par ses oeuvres que par sa vie. Les scènes illustrant sa jeunesse dans l'immédiat après-guerre (Tatsumi est né en 1935), sa rencontre avec Tezuka, la publication de ses premières planches, dotées d'un narrateur qui n'est autre que le dessinateur lui-même, alternent avec la transposition à l'écran de plusieurs de ses oeuvres.

Les transitions entre "fiction" et "réalité" sont habilement faites et l'ensemble est très fluide. Suivant le types de scène, les couleurs utilisées varient beaucoup : cela va du noir et blanc aux couleurs plus vives, en passant par des tons marron. On a vraiment l'impression que les planches de l'auteur prennent vie sous nos yeux avec le mouvement et le son. Oui, je sais, c'est le but de l'animation, mais là cela prend vraiment un aspect particulier. J'ai beaucoup aimé la bande sonore, majoritairement composée de morceaux au piano assez mélancoliques. La musique utilisée dans les moments les plus intenses et tragiques des histoires est très classique dans le genre, mais non moins efficace.

Les histoires de Tatsumi Yoshihiro ne sont jamais très gaies, on peut dire que certaines sont même franchement tragiques, mais les thèmes abordés, entre histoire et société (Hiroshima, l'occupation américaine, le travail abrutissant des ouvriers...), sont passionnants, et bien que le support soit différent j'ai trouvé que sa manière de raconter était semblable à celles des auteurs japonais écrivant des nouvelles, pour le peu que j'en ai lu.

Il n'est donc vraiment pas nécessaire de connaître Tatsumi Yoshihiro et ses gekiga pour apprécier le film  d'Eric Khoo. Par contre, cela donne diablement envie de connaître davantage le monsieur, c'est certain ! Tatsumi est un film original par sa construction et son aspect visuel, passionnant et riche en émotions. Même si sa diffusion est très limitée (18 salles à l'heure où j'écris ces lignes...), je suis vraiment contente qu'il soit arrivé jusqu'en France, et surtout qu'un cinéma rouennais ait pris l'initiative de le passer (séance privée pour moi un lundi à 14h ! :p). N"hésitez pas à aller le voir si par chance il passe près de chez vous !

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